L’au-revoir du Père Jean-Eudes
Le dimanche 14 juin, lors de la fête paroissiale, la communauté rendait grâce pour les huit années du ministère du P. Jean-Eudes à Cormeilles – La Frette. A cette occasion, il nous a adressé un poignant au-revoir empreint de foi, d’espérance et de gratitude :
«
Nous le savons, un jour, il est bon pour le troupeau de changer de pasteur. Même si cela peut nous être difficile, nous sommes invités à accueillir cela comme une grace, car c’est une période pour une nouvelle fécondité qui s’ouvre tant pour le troupeau que pour le Pasteur.
Alors, ce temps étant arrivé pour nous, je tiens à vous dire trois choses :
D’abord, Pardon. Il peut paraître étonnant de commencer par ce mot, mais je me connais suffisamment pour savoir que, après huit ans de présence, des mots, des gestes, des attitudes ont pu être blessantes. Or, pour se séparer en paix, il est bon de pouvoir prendre le temps de la vérité, surtout si elle peut avoir des aspects difficiles. Alors, pardon.
Pardon de ne pas avoir su écouter suffisamment en profondeur, pardon aussi de ne pas avoir su trouver les gestes et les paroles qui aurait permis à ceux qui se reconnaissent dans mes propos, de trouver la consolation et le réconfort dont ils avaient besoin. La faiblesse humaine et les incompréhensions réciproques sont des explications à ces blessures, elles ne sont pas des excuses. Par vocation, un pasteur est toujours responsable de ne pas avoir trouvé les bons moyens pour soigner la brebis blessée, et moins encore de l’avoir blessée lui-même. Alors pardon à chacun de vous en qui mes propos trouvent écho et c’est à votre prière d’abord que je me confie, si cela vous est possible. Étant ceux qui ont le plus éprouvé mes limites, vous êtes, me semble-t-il, les mieux placés pour demander au Seigneur les grâces dont j’ai besoin pour la poursuite de mon ministère.
Le deuxième mot est évidemment celui d’un immense merci. Au moment de vous dire cela, mon cœur se remplit d’émotions, à la fois de la tristesse, celle de vous quitter et de la joie, celle d’avoir vécu huit très belles années avec vous et pour vous. La communauté de Cormeilles-La Frette a su dépasser les difficile frustrations liées aux regroupements des paroisses et à la baisse du nombre de prêtres. Vous avez su créer une communauté fraternelle, fière d’elle-même et n’ayant pas peur d’accueillir ceux qui se présentent. Vous avez aussi une conscience claire de ce qui vous rassemble. C’est avec joie que vous portez haut le nom du Christ et cela vous donne un beau rayonnement. Aujourd’hui, vous êtes en train de franchir le cap de la prise de conscience que la croissance numérique de la communauté doit aller de pair avec la croissance spirituelle de chacun de ses membres. Jeunes ou vieux, anciens ou nouveaux, vous êtes en train de réaliser que la suite du Christ est beaucoup plus que de partager des valeurs. Vous découvrez que si l’assemblée dominicale est nécessaire à la vie chrétienne, elle ne lui est pas suffisante. Cette vie est d’une telle richesse, convoquant toute la diversité qui constitue un être humain, quel doit être nourrit de multiple façon. Les cinq essentiels, la prière, la charité, le service, la formation, l’évangélisation, ne sont que des aiguillons pour vous tenir éveillés sur la façon dont vous êtes attentifs à entretenir votre foi. Pour bien me faire comprendre, je dois revenir aux images évangéliques du champ et de la terre. Ceux-ci sont d’autant plus fertiles qu’ils sont régulièrement nourris par un terreau riche, formé par une grande diversité d’éléments. Or, ce qui est beau, c’est que la terre se laisse transformer par le terreau, elle se laisse nourrir par lui, elle accepte de se laisser faire. Je crois que ce chemin de la croissance spirituelle a encore pour chacun de vous et pour toute la communauté paroissiale de belles promesses à tenir. À condition de vous laisser faire, le plus beau est devant vous, il est essentiel que chacun de vous en est la conviction profonde. Il ne manquera pas que vous soyez éprouvé, personnellement ou collectivement. La vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille. Seule la solidité de cette conviction, se nourrissant de ce que vous avez vécu, plongeant ses racines dans le Christ, vous permettra d’utiliser même les temps des épreuves pour grandir.
Mon troisième mot est donc : soyez attentifs ! Bien sûr, cela concerne ce que je viens de dire, mais cela est plus large. D’abord, malgré votre air de vieille communauté catholique, les nouveaux parmi vous sont nombreux. En effet, une part importante de la communauté va vivre pour la première fois cette expérience déstabilisante de changer de curé. C’est-à-dire pour le troupeau, changer de pasteur, pour la terre, changer de jardinier. Or, cela n’est jamais chose aisée. Certes, vous vous rendrez sans doute vide compte que le caractère du P. Monnet est plus posé que celui de son prédécesseur, les messes seront sans doute moins longues, les sautes d’humeur moins sonores, le langage plus châtier et les angles un peu plus ronds. Pour autant, tout cela génère des changements de repères qui peuvent s’associer ou provoquer un trouble spirituel qui fragilise la démarche de foi. Alors, je veux confier tous ces jeunes frères et sœurs dans la foi qui vont pour la première fois à connaître un changement de pasteur à vous qui avez le cuir bien tanné. Vous savez bien vous que les curés passent et que les paroissiens restent. Vous en avez vu d’autres ! Surtout, vous avez vu ce que chaque curé avait apporté, comment, avec les limites qui étaient les siennes, il avait su labourer, soigner, là où son prédécesseur n’avait pas su le faire. Vous avez vu, à travers la diversité des tempéraments, la diversité des charismes et tout ce dont vous avez été témoin, la discrète diversité avec laquelle Dieu prend soin de nous. Alors, à vous les anciens, je confie cette mission d’être attentif à vos petits frères et sœurs dans la foi. Vous verrez, je ne donne pas plus de quelques mois pour que, parmi ceux qui se réjouirait de mon départ, d’aucuns se mettent à regretter ce qui les faisait bougonner. C’est un peu le principe du mort en fait : souvent, ce dont nous rions le plus chez nos défunts, c’est de leurs défauts. Alors, par une écoute, patiente et fraternelle, je vous invite à faire en sorte que pour chacun de nous, ce changement de pasteur et de communauté, soit un temps de fidélité et d’enracinement à la suite du Christ.
Enfin, je vous invite à être attentifs sur ce qui sont vos principales qualités : votre fraternité et votre dynamisme. Je vous le dirai en une seule phrase : ne vous reposez pas sur vos lauriers. La fraternité et son fruit le dynamisme sont le résultat d’un travail. Celui-ci est d’abord personnel, mais il requiert aussi des gens qui se donne au collectif. La beauté d’une communauté paroissiale est de reposer sur le bénévolat, mais c’est également sa principale faiblesse. Un bénévole, c’est quelqu’un qui accepte de donner moins de place à ses activités privées pour se mettre au service du bien commun. En effet, il est bon de se rappeler qu’un bénévole, ça a une vie professionnelle, une vie familiale et des loisirs, comme tout le monde. Et pourtant, il trouve encore du temps pour se mettre au service de la communauté. Je vois combien vous êtes heureux de bénéficier d’une paroisse vivante. C’est le résultat d’un gros travail qui est l’œuvre des quelques 150 bénévoles de la paroisse. Or, je constate que vous commencez à vous habituer. Nul ne peut fixer à votre place les priorités de votre agenda, mais il est décourageant pour les bénévoles, de voir de moins ou moins de monde aux évènements qui sont préparés et de voir de plus en plus d’excuses pour ne pas donner de temps. Alors, soyez attentifs ! En ce monde, rien n’est acquis. Tout se construit et aucune construction ne dure si elle n’est entretenue. Vous avez la grâce d’avoir une paroisse qui est une belle construction, chacun de vous est personnellement responsable de son entretien. À ce titre, la participation au denier de l’église est exemplaire, puisque, maximum un foyer sur deux de la paroisse est enregistré comme donateur. À bon entendeur salut !
Vous aurez noté que jusqu’au bout, j’aurais été fidèle à ce foutu tempérament qui me permet de gérer, avec, de mon point de vue un certain talent, le chaud et le froid. Alors, pour finir sur le chaud, je vous propose ensemble de nous tourner vers le Seigneur, pour remercier celui-là même qui nous permet de vivre la joie et l’action de grâce que nous partageons aujourd’hui.